Survol historique de Rodrigues

Le Mauritius en-rade-en-dehors, réminiscence de Rodrigues il y a 40 ans.
Les pirogues allaient à la rencontre du navire pour transborder les passagers et la marchandise. Il jetait l’ancre hors lagons à 6 kms de la jetée…

Ce n’est qu’en 1980 que Port-Mathurin fut doté d’un quai pouvant accueillir des gros navires.

Survol historique de Rodrigues Une compilation extraite du MAURICIEN de juin 2009Entre le Xe et les XIe siècles, les îles des Mascareignes étaient régulièrement visitées par les Arabes. Pour preuve, une carte, réalisée au XIIe siècle par le géographe arabe Al Sharif El-Edrissi, représente clairement les trois îles des Mascareignes portant les noms de Dina Arobi (Ile Maurice), Dina Margabin (Réunion) et Dina Moraze (Rodrigues). Monique Dinan Mauritius in the making across the censuses 1846-2000 Randonnées à travers nos districts Rodrigues, sa population, son autonomie… Les 123 Rodriguais de 1826 ont été les pionniers fondateurs qui ont vu, au cours de 19ème siècle, se multiplier de très modestes fermes qui se sont implantées à travers l’île. Leurs maisonnettes s’incrustaient sur la crête des vallonnements et leurs terres arables s’étageaient plus bas vers les ravins. Les années 1950 à 1970 ont été témoins d’une démographie galopante, la population doublant en moins de 50 ans. Rodrigues de l’an 2000 regroupe 35 779 habitants répartis dans quelque 8 000 familles. Economie Il est certain que de par sa topographie, sa culture, son folklore, Rodrigues a une spécificité qui lui est propre, ce qui la rend tellement attachante. Le chapeau de paille est en quelque sorte un symbole du pays. La majorité des villageois de la côte vivent de la pêche. Ceux de l’intérieur – fermiers et agriculteurs – devaient avoir les jambes solides pour gravir les flancs des collines avant que les routes ne soient tracées et asphaltées. Après une exploitation désordonnée des terres et un déboisement qui a accéléré la sècheresse, le terrassement des pentes cultivées a nécessité un minutieux mais important travail pour réduire les risques d’érosion et pour contrôler le captage des eaux. Les Rodriguais sont fiers de leurs origines. Leur île leur colle à la peau du cœur quand ils sont loin d’elle. Ils ont développé toute une gamme de musique – polkas, scottish et mazurkas – qui donnent à leurs ségas une touche bien spécifique. Leur artisanat, très diversifié, s’est trouvé de nouveaux créneaux avec le développement touristique qu’a connu l’île. Dans les années 1990, le Rodrigues Council of Social Services a institué quelque 80 comités de village pour inciter les Rodriguais à prendre conscience de la nécessité de leur participation active à leur propre développement et de ne pas tout attendre du gouvernement. Certains des projets consistent en le reboisement le long des ruisseaux et sur les flancs des collines, la création de jardins d’enfants et terrains de jeux. Des projets d’adduction d’eau s’avèrent toujours aussi nécessaires dans l’île. Les femmes ont une part active dans l’économie de l’île. Elles s’impliquent profondément dans la construction d’une île qui progresse grâce à la force de leur travail et de leur ténacité. Elles restent des agents importants de la promotion sociale rodriguaise. Antoinette Prudence, présidente du Rodrigues Local Council (RLC) a joué un rôle de premier plan pour motiver le civisme des Rodriguais, elle a été une grande promotrice pour l’autonomie de son île. Zita Jan-Louisa été la première femme député. Dans ce domaine la Rodriguaise montre l’exemple à suivre aux Mauriciennes qui ne sont pas assez présentes dans le monde politique. Les activités économiques de Rodrigues sont la pêche dans le lagon, où le poisson se raréfie, un peu d’agriculture, particulièrement l’oignon, l’ail et le piment, un peu d’élevage et un peu d’écotourisme, auquel se raccroche l’artisanat local. Voilà pourquoi s’est développé le concept de  » Rodriguais éleveur et pêcheur « . Les habitants ont souvent plusieurs activités qui ne suffisent pas à combler le déficit chronique de l’île. Ils peuvent être à la fois pêcheurs, agriculteurs et éleveurs quand ils ne travaillent pas encore dans l’administration. Les plantations de maïs n’ont plus l’ampleur d’autrefois car le riz a presque complètement pris sa place comme nourriture de base. Les revenus des exportations de bétail, des produits de la pêche et des cultures vivrières sont largement déficitaires en rapport aux coûts des produits d’importations. Un fort accent est actuellement mis sur la préservation car la pêche sauvage aux techniques dévastatrices a dépeuplé le lagon. Les piqueuses d’ourites restent un symbole de la pêche traditionnelle qui a permis à de nombreuses familles de la côte de survivre économiquement et même de progresser socialement. Il y a un millier de pêcheurs hors lagons. Il y a bien eu des tentatives d’implantations d’unités manufacturières (textiles) mais qui sont restées vaines, surtout en raison des problèmes d’approvisionnement en eau. Rodrigues n’a pas grand chose à exporter en dehors de ses produits agricoles, de son posson et de sa vannerie. Ses habitants dépendent de Maurice pour leurs produits de consommation courante et les produits alimentaires à eux seuls représentent la moitié des importations. De nombreux Rodriguais sont des fonctionnaires de la République de Maurice à laquelle ils appartiennent de plein droit mais ils n’ont pas encore développé un secteur privé solide. Energie L’électricité est produite à partir de l’huile lourde importée au prix fort. Le CEB s’est aventuré à mettre en place trois aérogénérateurs mais ils ne fournissent que 1% de l’électricité consommée à Rodrigues. Le CEB projette d’ajouter deux autres éoliennes pour arriver à produire 7 % de la consommation de l’île. Tourisme Le tourisme est devenu le principal moteur économique de l’île. Son folklore et la personnalité digne et accueillante des Rodriguais ont suscité des activités caractéristiques de l’ile. Le Festival de la Musique des Iles de l’Océan Indien qui se tient à Rodrigues remonte à 1978. Les arrivées touristiques ont depuis connu une progression et le pays a enregistré une croissance de 19,1% en 2007. Des campagnes agressives de promotion touristique et des séries de manifestations comme le Festival Créole et le Festival Accordéon ont pour but d’accroître le nombre des touristes. En 2008, un nouveau nom est alloué à l’aéroport qui porte dorénavant le nom de Sir Gaëtan Duval. La construction d’une nouvelle piste 2 000 mètres prévue pour 2009 devrait permettre l’atterrissage de plus gros avions et l’arrivée de plus de touristes. Une dizaine de projets hôteliers ont pour but de doubler la capacité des chambres. Il ne faut toutefois pas vouloir une implantation excessive d’infrastructures touristiques afin de préserver le calme, le charme et l’authenticité de l’île. La formation des skippers venus spécialement à Maurice à cet effet veut assurer la sécurité de ceux qui sont responsables du tourisme en mer. La grande interrogation est toutefois de savoir comment la crise financière mondiale va influencer le tourisme rodriguais. Les principaux sites touristiques sont Trou-d’Argent, Caverne-Patates et l’Ile-aux-Cocos. Les Rodriguais ont pris conscience de la valeur de leur artisanat – vannerie, broderie, condiments, miel – qu’ils essaient de développer intelligemment. La précarité des conditions de vie a encouragé de nombreux Rodriguais à s’installer à l’île Maurice. Quelque 4000 personnes ont, durant les 40 dernières années, quitté définitivement l’île, alors que de nombreux autres font le va-et-vient vers Maurice. Politique L’île a été une circonscription de la République de Maurice. Toutefois, l’Assemblée Nationale mauricienne a adopté à l’unanimité le 20 novembre 2001 deux lois donnant une autonomie à l’île Rodrigues et créant un système de gouvernement décentralisé. Cette nouvelle législation a donc permis la mise en place à Rodrigues d’une Assemblée régionale de 18 membres et d’un conseil exécutif dirigé par un Chef Commissaire qui a pour mission d’informer le Premier Ministre mauricien de la conduite des affaires dans l’île. Toutefois, les Rodriguais se plaignent de ne pas disposer d’assises financières solides pour financer leur fonctionnement. La répartition de la population dans Rodrigues Il y a eu dans la seconde moitié du XXème siècle une croissance rapide de la population et les sites d’habitations se sont multipliés. Ce qui est exceptionnel est le nombre d’agglomérations dûment nommés qu’on trouve à Rodrigues. On pouvait recenser quelque 150 sites aux noms les plus divers, dont de nombreux faisant référence au relief. Les deux recensements de 1972 et de 1983 donnent toute la liste des agglomérations. Cela permet de répertorier celles qui avaient plus de 500 personnes. En 1972, il y avait 8  » villages  » regroupant plus de 500 personnes, alors qu’en 1983 il y en avait 16. Les deux agglomérations avec le plus fort taux de population, Petit-Gabriel et Baie-aux-Huitres qui étaient les seuls à dépasser les 1 000 habitants en 1972, ont vu régresser leur population en 1983. A Baie-Malgache, le recul de la population était encore plus accentué passant de 633 personnes en 1972 à 151 habitants en 1983, alors que Grand-la Fouche Mangues pouvait se vanter d’avoir vu sa population passer de 153 personnes en 1972 à 578 résidents en 1983. Les recensements de 1990 et de 2000 ont été effectués selon de nouveaux critères. Il n’y a plus la longue énumération de  » villages « . Toute l’île est subdivisée en 14 zones communautaires, certaines agglomérations ont été regroupées, ce qui ne permet plus de comparaisons avec les décennies précédentes. Avec ce regroupement, la zone de Port Mathurin occupe la première place, suivie de la zone de Lataniers-Mont Lubin et en troisième position celle de Petit -Gabriel. Voici comment la population est répartie dans les différentes zones. 1 agglomération avec plus de 5 000 personnes Port-Mathurin, qui regroupe 5 929 personnes. Port Mathurin : avec le double rôle de centre administratif et de port est une mini-capitale, située entre la Pointe Monnier à l’ouest et Baie Lascar à l’est. Port Mathurin s’est développé sur une langue de sable à quelque 200 pieds de la plage auprès des berges de la Grande Rivière. Cela a été le lieu des premières habitations dans l’île qu’il s’agisse de François Leguat ou des marins qui venaient exploiter les tortues. En 1825, il n’y avait à Port Mathurin, comme le souligne Alfred North-Coombes, que 5 cahutes de pailles. Après vingt-un ans, en 1845, il y en avait 12. En 1857, il y avait 36 maisonnettes construites de feuilles de palmiers pour héberger les 280 personnes qui y résidaient. Les Rodriguais allaient vivre surtout sur leurs plantations et dans différents endroits de la côte. Port Mathurin s’est graduellement développé devenant le poumon du pays, car tout ce qui entre et sort de Rodrigues passe par cet unique port. Une jetée plus facilement accessible a été construite en 1962 et a été, par la suite, améliorée. Port Mathurin accueille le siège de l’Assemblée régionale ainsi que l’unique cour de justice, la station-service et la pharmacie de Rodrigues. Les habitations se concentrent autour de ce noyau, dans les lieux dénommés Fond la Digue, Baie Lascar, Montagne Fanal, Camp du Roi, et Pointe Monier. Le collège de Rodrigues s’y trouve, unique institution scolaire œcuménique de la région Océan Indien. Les cinq autres établissements scolaires rodriguais du secondaire sont disséminés dans d’autres localités et gérés par une compagnie parapublique, le Rodrigues Educational Development Company, ou REDCO. 2 agglomérations avec plus de 3 000 personnes : Lataniers-Mont Lubin, Petit -Gabriel 6 agglomérations avec plus de 2 000 personnes sont par ordre de grandeur : Rivière-Cocos, Mangues, Quatre-Vents Plaine Corail – La Fouche Corail, Port-Sud-Est, un village de pêcheurs construit autour de la seconde rade naturelle. Baie-aux-Huitres, Roche Bon Dieu -Trèfles. 4 agglomérations avec plus de 1 000 personnes sont par ordre de grandeur : Coromandel-Graviers, Piments-Baie-Topaze, La Ferme, Baie-Malgache 1 agglomération avec moins de 1 000 personnes : Grand-Baie-Montagne Goyaves est la zone la moins peuplée avec 844 personnes Les religions dans Rodrigues L’écrasante majorité des quelque 38 000 Rodriguais est créole.  » Rodrigues la plus créole et relativement la plus chrétienne des îles Mascareignes  » écrit Lilian Berthelot dans son livre  » La petite Mascareigne  » qui retrace bien le peuplement de l’île et le déroulement de son histoire de façon chronologique. Rodrigues n’a pas connu la pluralité ethnique et religieuse qui caractérise l’Ile Maurice. La majorité de la population est constituées des descendants d’esclaves mozambicains et malgaches, qui se sont installés dans l’intérieur de l’île. Il y a une minorité de métis (surnommés « rouges ») descendants des premiers colons européens qui se sont, au départ, établis autour de la côte. On trouve aussi les commerçants chinois et musulmans et quelques fonctionnaires indiens en provenance de Maurice. Il faut souligner la très grande influence de la religion catholique dans la vie quotidienne et culturelle de la population. La religion, le respect des traditions et la famille sont les piliers de la vie rodriguaise. Le recensement de 2000 révèle les statistiques suivantes. 98 % des Rodriguais sont des chrétiens qui sont massivement des catholiques romains. Il y a 2 155 autres chrétiens, dont 242 appartenant à l’Assemblée de Dieu et 166 anglicans. Il avait 301 musulmans et 226 hindous dans l’île. Comparaison et relations avec l’Ile Maurice Rodrigues a été de tout temps connu comme le dixième district de l’Ile Maurice. Voyons donc comment se situe Rodrigues par rapport aux autres districts. Rodrigues est, de par sa superficie terrestre de 104 km, le neuvième district en ordre de grandeur, alors que le district de Port-Louis, de seulement 42.7 km, en est le dernier. Rodrigues est classé comme un district essentiellement rural, comme 8 autres districts de la République. _ Quelque 36 000 personnes vivent dans tout Rodrigues alors que le plus gros village mauricien, Triolet, regroupe quelque 22 000 personnes et que la plus petite ville, Quatre-Bornes, a quelque 72 000 habitants. Rodrigues avec 351 personnes par km avait en l’an 2 000 une plus forte densité de population que les districts de Savane (280 personnes par km), Moka (340 personnes par km) et Rivière-Noire (256 personnes par km). Elle a avec Port-Mathurin, son port et sa  » capitale « . Jean-Francois Dupon, qui a eu le grand mérite de compiler tous les documents pouvant servir à l’histoire de Rodrigues, dans une publication qui date de 1969, a résumé cette île dans les termes suivants  » Une petite patrie rurale aux traditions originales.  » Certains l’ont appelé l’île oubliée, ils faisaient référence à une certaine carence des autorités mauriciennes qui ne se mobilisaient pas suffisamment pour promouvoir le développement rodriguais dans la période pré-indépendance. Elles-Rodrigues, une publication de 1986 du Club Soroptimist Ipsae étudiant la participation féminine dans le devenir de l’île explique cette réserve :  » Rodrigues trop mal aimée, trop peu comprise, dont la réticence à l’égard du Mauricien se lit parfois dans le regard distant de l’habitant qu’on croise au hasard de chemins ardus.  » Cela ne met toutefois nullement en doute la chaleur de l’accueil que le Rodriguais réserve à celui en qui il a confiance. Benoit Jolicoeur a appelé Rodrigues l’Ile Courage quand il a fait une rétrospective des 40 dernières années dans une édition spéciale publiée dans le journal express le 12 mars 2008. Il précisait de plus :  » Il ne suffit pas de changer de statut politique et administratif pour une meilleure intégration de Rodrigues. Il faut cultiver et entretenir une relation de confiance. «  L’avenir pour Rodrigues est de développer une culture d’entrepreneuriat chez les jeunes afin qu’ils deviennent capables de prendre en charge une autonomie chèrement acquise, mais qui doit pouvoir se concrétiser dans les faits. Références Alfred North-Coombes The island of Rodrigues first published 1971 reprinted 2002 ISBN 99903-79-02-5 Alfred North-Coombes Histoire des tortues de terre de Rodrigues 1986 Dupon Jean-François Recueils de documents pour servir à l’histoire de Rodrigues Mauritius Archives Publications no 10, 1969 Berthelot Lilian La Petite Mascareigne Centre Culturel Africain 2002 ISBN 99903-904-4-4 Berthelot Lilian Le Sel et la Lumière 2005 Alfran ISBN 99903-992-3-9 Rodrigues Almanach 1982 Elles- Rodrigues Soroptimist International Ipsae 1989

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